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2.1. Petite enfance : un service public solidaire pour un vrai projet éducatif. / Animé par Sylviane Goy et Christophe Najdovsky
On a raison de penser la prise en charge de la petite enfance en terme de temps libéré pour les parents. Mais on a tort d’oublier que le rapport au petit enfant est d’abord un rapport éducatif. La mise en cohérence de l’action des multiples acteurs de ce secteur, dont la confusion ouvre la porte à des initiatives privées à but purement lucratif, est une priorité. Dans un service public solidaire de la petite enfance, les parents doivent trouver leur place, au côté des associations et des institutions.
Animation : Sylviane Goy et Christophe Najdovsky.
Petite enfance : un service public solidaire pour un vrai projet éducatif.
Sous couvert de pénurie de places, N. Morano a changé la réglementation des conditions d’accueil des jeunes enfants dans les crèches, haltes-garderies et jardins d’enfants (taux d’encadrement dégradé , moins de personnel qualifié) et parallèlement, propose des « jardins d’éveil » payants. C’est dans ce secteur primordial de l’éducation que se poursuit la politique de désengagement de l’État et l’ouverture à des projets de marchandisation, de libéralisation et de déprofessionnalisation de l’éducation enfantine.
Cependant, force est de constater que les possibilités d’accueil des jeunes enfants sont aujourd’hui en nombres nettement insuffisants avec parfois une faible qualité de l’accueil. Force est de constater aussi que cette situation a une forte implication sur le droit au travail des femmes et leur possibilité de s’accomplir pleinement dans une société égalitaire et soucieuse de parité.
Dans ce contexte, poser la question « l’école à 2 ans, oui ou non » reste une question réductrice : tous les enfants de 2 ans ne sont pas scolarisables, toutes les écoles maternelles ne peuvent les accueillir mais les parents doivent pouvoir choisir entre plusieurs possibles leur permettant d’ajuster au mieux les contraintes économiques et sociales qui sont les leurs. La scolarisation des enfants de moins de 3 ans reste un enjeu primordial d’éducation envisageable dans certaines circonstances (frère ou soeur déjà scolarisé, places disponibles et absence de dispositif autre, secteurs en RRS, familles prises en charge par RESF etc.). En revanche cela demande d’améliorer les conditions d’accueil actuelles avec un personnel mieux formé, un taux d’encadrement renforcé et des locaux adaptés
NB : en 2010, l’accueil des moins de 3 ans se répartit ainsi : 63% gardés par un parent, 18% avec une assistante maternelle, 10% en crèche.
Rappelons enfin que les questions de santé et de prévention sont au coeur de l’accueil de la Petite Enfance, dans le cadre d’une prévention précoce prévenante (refus de la dimension sécuritaire dans la prévention) et d’accès aux soins médicaux et psychologiques gratuits (services subissant actuellement des restrictions de moyens et une désorganisation).
Face à ces enjeux, Des principes forts :
s’appuyer sur la convention internationale des Droits de l’Enfant et sur la question du statut du jeune
enfant ;
rappeler l’importance de l’éducation de l’enfance et de sa spécificité : l’accueil des enfants par la
société est un moment crucial de l’éducation, l’enfant sort de sa famille et devient un être social ;
affirmer que la prise en charge sociale de la petite enfance n’est pas séparable d’une vision des
rapports d’égalité hommes/femmes, des rapports parents/enfants avec les enjeux sociaux,
économiques et culturels qui les accompagnent ;
réserver une place pour les structures solidaires et associatives
rappeler que l’égalité républicaine commence d’abord dans la petite enfance et non dans les classes
préparatoires aux grandes écoles.
Des pistes de réflexion et de débat politiques
développer une offre d’accueil publique basée sur des structures communales et associatives (à but
non lucratif). Une crèche associative est fondée sur la participation des parents avec du personnel
formé (taux d’encadrement actuel : 1 professionnel pour (5) enfants qui ne marchent pas, 1
professionnel pour 8 enfants qui marchent). Ce réseau de « crèches solidaires » peut exister dans
toutes les communes comme le réseau des assistantes maternelles, il n’est pas réservé aux villes
grandes et moyennes. Cette structure publique, associative et solidaire, est notre réponse au projet
gouvernemental de maisons des Assistantes Maternelles (MAM), projet de marchandisation,
libéralisation et déprofessionnalisation de l’éducation enfantine ;
sortir la petite enfance de la directive européenne sur les services et protéger ainsi le secteur de la
concurrence et de la marchandisation ;
investir massivement dans la création de places d’accueil avec la réalisation d’au moins 400 000 places
pour la petite enfance sur la législature ;
favoriser la diversification des modes d’accueil en étant attentif aux inégalités territoriales ;
maintenir le taux d’encadrement actuel dans les structures Petite Enfance.
Des pistes de réflexion et de débat pédagogiques
encourager « la professionnalisation et la formation » pour les assistantes maternelles (emploi dans
les structures associatives, validation d’acquis d’expériences) ;
développer parallèlement la formation à l’enfance et l’échange de pratiques de tous les
intervenants (profs d’école, ATSEM, puéricultrices) en augmentant le nombre de places dans les
écoles de formation, en créant des formations « croisées » (stages, contenus de formation, etc.) et en
baissant le coût des formations pour les concours d’entrée (écoles d’auxiliaires de puériculture,
d’éducateurs-trices de jeunes enfants) ;
soutenir et encourager la formation et l’échange sur l’éducation des parents, professionnels et
assistantes maternelles ; cette proposition prend tout son sens eu égard au besoin des mères élevant
seules leurs enfants (maison de la parentalité) :
faire de l’école maternelle un lieu d’accueil et d’éducation adapté aux jeunes enfants : vers une
formation spécifique Petite Enfance (établir des liens avec la formation des EJE, pour la section 2/3 ans
: 1 PE, 1 EJE, 1 ATSEM travaillant en équipe dans la même classe, penser particulièrement les moyens
matériels (taille de la salle de classe, accessibilité à la cour et/ou au gymnase) ;
favoriser la création de lieux-passerelles ou actions-passerelles au sein de l’école : le service public de
la petite enfance est la première marche du système éducatif, et doit être articulé avec le service
public d’éducation, (notion de projet partagé entre les crèches et les écoles maternelles, travail en
partenariat entre enseignant et éducateur jeunes enfants, volonté de donner une place réelle aux
parents, nécessité de la proximité des 2 structures, favoriser la continuité éducative des 2/4 ans, pas
de coût pour les familles) ;
proposer des dispositifs qui défendent l’idée que l’éducation de l’enfance ne se limite pas aux lieux
d’accueil (plus de crèches) ; elle repose aussi sur les aides aux personnes (réforme du congé parental :
moins long et mieux rémunéré, pris à parité pour les deux parents). Ce point du programme devra être
repensé en relation avec la politique sociale et fiscale.
Dix mesures phares :
Un investissement massif en faveur du développement de l’offre d’accueil sans rogner sur la qualité : un véritable « plan Marshall » de développement de l’accueil collectif, avec la création de 450 000 à
500 000 places, afin que l’ensemble des enfants de moins de trois ans puissent avoir accès à un mode
d’accueil de qualité.
Un service public de la petite enfance cohérent et appuyé notamment sur le tissu associatif, dans le
cadre de politiques éducatives territorialisées élaborées par des instances décisionnelles mises en
place à l’échelle du bassin de vie.
Exclure le secteur de la petite enfance du champ de la directive services, et protéger ainsi le secteur de
la concurrence et de la marchandisation ;
Création d’un réseau de « crèches solidaires » présent sur tous les territoires
Une réforme profonde de la politique familiale dans un sens plus favorable à la conciliation de la vie
professionnelle et de la vie familiale, avec notamment un rééquilibrage entre prestations financières
et prestations en nature (équipements collectifs) en faveur de ces dernières (cf. rapport de la Cour des
Comptes).
Offrir la possibilité d’un congé parental plus court que le congé actuel, bien rémunéré (jusqu’à 80 % du
salaire net, plafonné), paritaire (pris à égalité de temps entre les deux parents
Former les professionnels de la santé et de la petite enfance, en prenant en compte la dimension du
développement somatique et affectif du bébé ainsi que l’importance de l’empathie.
Redonner du pouvoir innovant aux enseignants d’école maternelle en favorisant la mise en place de «
lieux-passerelles » dans l’école, sans coût supplémentaire pour les familles et proposer une formation
professionnelle spécifique des enseignants en école maternelle
Mettre en oeuvre un « Osons éduquer ensemble » en proposant des temps communs de formation
entre les EJE et les PE.
Promouvoir le développement de toutes les initiatives de soutien à la parentalité et d’éducation à la
santé, venant du public ou de l’associatif ( PMI, secteur de psychiatrie infantojuvénile, maisons de
l’Enfance, Conseils de crèches, instances Régionales d’Éducation et promotion de la santé, maisons
Vertes )
Animation : Jean-Louis Phélut-Ribéry et Yann Forestier


